Une formation sur les élèves dyslexiques il y a quelques mois. Des profs qui râlent parce qu’ils n’avaient pas demandé à être là, ils avaient demandé une formation pour enseigner la lecture aux élèves illettrés et voilà où on les envoie. Je suis dans le même cas qu’eux  mais je ne râle pas non, parce qu’au milieu de cette formation qui m’explique comment faire une carte mentale (que je sais déjà faire) et où on me dit que la carte mentale est la solution à TOUS mes problèmes de profs (ben non je ne suis pas d’accord)  on m’explique ENFIN, pour la première fois concrètement que sont tous les troubles dys,  quelles conséquences pour chacun d’entre eux, comment reconnaitre mes élèves, et après comment agir ? Et je bois les paroles de la formatrice. Elle écrit un truc au tableau, tiens, elle est gauchère, quelqu’un lui demande si elle est dys elle-même, elle répond « dyspraxique et fière de l’être », je demande « est ce que statistiquement les gauchers ont plus de « chance » que les droitiers d’être dys ? », elle fronce les sourcils, me demande pourquoi je pose cette question, je réponds :

« Parce que je suis gauchère…. Et je crois que je suis dyspraxique je pensais que j’étais dyslexique mais c’est pas possible, parce que je n’ai jamais eu de problème avec la lecture, par contre je suis dysorthographique et dyscalculique, je n’ai jamais réussi à retenir les tables de multiplication, et je vous jure que j’ai fait des efforts, je vous jure que c’était pas de la mauvais volonté de ma part, j’ai essayé très fort, mais au-delà de la table de 5 ça ne reste pas plus de 24 heures dans ma tête… »

Alors la formatrice (que je voyais pour la première fois de ma vie) m’a dit ;

« Quand tu étais petite à l’école Ema Luna tu n’arrivais pas à rester concentré et tu étais très lente, tu étais très maladroite, pas un repas sans renverser un verre d’eau ou te tâcher, tu manquais de confiance en toi, mais tu étais très forte en analyse de documents et en rédaction. Tu avais beaucoup d’imagination. Dans les sports d’équipe tu étais une catastrophe, mais par contre tu es une très bonne nageuse». Et tout était vrai.

L’épiphanie, mais oui, c’est ça, et soudain un poids énorme s’élève de ma poitrine. Ce n’était pas de ma faute, je partais avec un handicap, j’ai fait au mieux avec ce que je pouvais.

Elle ajoute fait attention quand tu gardes des enfants, ta maladresse peut avoir des conséquences, et plus tard si tu as des garçons, c’est quelque chose que tu risques de leur transmettre. J’étais assise, et enceinte de 4 mois, elle ne l’avait pas vu, j’avais appris la veille que j’attendais des garçons d’où ma réaction en chaîne… Je me suis dis « les pauvres, ils ne sont même pas encore nés et ils vont en chier à l’école autant que moi. »

 

Plus tard la formatrice m’a dit aussi « je t’ai observée pendant la formation, je pense aussi que tu étais  précoce », je nie avec force, elle continue :

« Parfois tu partais toute seule dans ton monde

_ oui

_ et donc tu n’écoutais pas

_beeen, non

_ et donc après tu étais complètement perdue ???

_ bah non ?

_ mais comment tu faisais alors ?

_ ben je relisais mon cahier ou le tableau, et je finissais par trouver la solution 

_ Donc tu étais précoce, précoce ça veut pas dire surdoué, ça veut dire que ton cerveau fonctionnait, analysait d’une façon différente ». Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter si mes garçons étaient dys, que je le découvrirai tôt, que je pourrai les aider là où mes parents n’avaient pas pu le faire, elle m’a dit que j’avais su faire une force de cette faiblesse, et qu’il n’y avait aucune raison que mes enfants ne s’en sortent pas aussi bien, voire mieux.

 

Cette formation est une étape importante de ma vie, il y a un avant et un après, j’ai compris beaucoup de choses sur moi et sur ma scolarité, je me suis pardonné beaucoup, j’observe mes élèves encore plus qu’avant et je n’hésite pas à parler du moindre doute aux parents et à les envoyer vers des professionnels, mais la prise en charge en France reste encore trop insuffisante, les parents n’ont pas toujours les moyens d’envoyer leurs enfants chez un orthophoniste, psychomotricien, des neuropsychologues... Je ne comprends pas que ce type de formation ne face pas parti de la formation de base de tous les intervenants en milieu scolaire, que de temps perdu, d’espoir réduits à néant, d’enfants sacrifiés sur l’autel des économies…

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