Señorita Ema Luna

26 mai 2016

Devenir maman

Pardon, pardon pour ces longs mois de silence.

Tout va bien.

Hadrien et Oliver sont nés le 6 Juillet à 11h25 et 11h28 par césarienne. J'étais enceinte de 34 semaines et 5 jours. Hadrien se présentait en siège. Après radio du bassin l'équipe a bien voulu quand même essayer la voie basse. J'ai souffert, lutté, poussé, de toutes mes forces, et il descendait peu à peu le pépère, doucement mais surement, et d'un coup l'équipe a dit "ok, on arrête, madame ça ne va pas assez vite, le deuxième jumeaux souffre énormement à chaque poussée, son coeur ralenti. On doit faire une césarienne. Après ça la douleur. Physiquement c'est très dérangeant, même si tu ne peux pas vraiment dire que ça fait mal. Psychologiquement, l'horreur, tu sais qu'on ne posera pas sur ton ventre nu ton enfant nu. Tu le vois, 3 secondes, le temps de dire il s'appelle Hadrien, avec un H, comme l'empereur (c'est dingue mais là je suis en train de pleurer en écrivant), le temps de lui dire "bonjour mon amour" et il part, puis le deuxième, il s'appelle Oliver "que tu es beau mon chéri, je t'aime". Deux petites boules de chair couvertes de sang, de blanc, de parts de moi. L'obtétricienne fini de me recoudre, puis elle dit "bravo à tous, merci l'équipe", et sous mes montagnes de draps, capteurs, truc bizarre gonflable à la con qui me venait sur le visage à chaque poussée je dis "merci l'équipe" et tous sourient, et me disent "bravo madame, vous avez été bien sage". Et c'est vrai, j'ai été sage quand alors qu'on m'avait dit que Galilée venait avec moi au bloc j'ai constaté que finalement il ne viendrait pas, parce qu'il y avait déjà "trop de monde au bloc avec tous les internes". J'ai été sage quand on m'a dit que j'allais pousser allongée alors que je le sentais mieux avec le buste un peu relevé, et je voulais qu'on m'enlève ce putain de ballon gonflable qui me retombais sur le visage sans arrêt, j'ai été sage quand on m'a dit de faire des poussées bloquées alors que moi je voulais souffler en poussant. J'ai été sage. Ca commence comme soumise...

Malgré tout je me dis, encore des mois après, il y a un siècle on y serait passé tous les trois, avec Hadrien en siège comme ça.... Merci l'équipe.

Après ça, je suis sortie du bloc, et on m'a montré une boite en verre, avec mes bébés, et je ne savais pas qui était Hadrien et qui était Oliver. Ils étaient beaux, je voulais les étreindre, on m'a dit qu'ils pesaient 2k 200 pour le premier, et 1 kg 700 pour le second,  qu'Hadrien avait fait une apnée à la naissance, et Oliver avait besoin de prendre rapidement du poid, et que pour ces raisons on allait les monter au service de néonat pour les surveiller de près. En gros pour moi ça voulais dire que j'allais les voir le lendemain. (Je ne les ai vus que 48 heures plus tard, pendant 3 heures_ pendant lesquelles on a vu tous les appareils d'Hadrien clignoter à tout va parce que le coquin avait encore oublié de respirer, une petite secousse et il était reparti_  puis à nouveau plus du tout pendant 48 heures)

En sortant de la salle de réveil m'attendait Galilée. Il m'a dit que nos enfants étaient beaux, qu'ils allaient bien, et qu'ils me ressemblaient tous les deux beaucoup.

Les jours suivants ont été éprouvant pour Galilée qui faisait l'aller retour entre ma chambre, la maison et le service de néonat, m'apportant des photos des petits, enregistrant ma voix pour leur faire entendre. J'ai du rester allitée 48 heures de plus après ma première rencontre avec eux suite à une brèche produite pendant la pose de la péridurale. Je me sentais impuissante, coincée dans ce lit, loin de mes bébés. Je trouvais que c'était injuste, qu'on avait assez donné avec la pma, qu'on avait le droit de souffler un peu. Puis je suis sortie de l'hopital, et ils y sont restés. Ils ont passé 3 semaines en néonat. C'était une période bizarre. Tu sais que tu es maman, mais tu ne ressens pas la joie intense que tu es censée ressentir. Tu as peur, tu es comme anesthésiée. Et puis les semaines ont passé, puis les mois, ils en ont maintenant 10, bientôt 11, bientôt 12....

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Est ce que le bonheur se raconte?

Mes fils sont merveilleux. Je n'en échangerai aucun contre une petite fille. En fait ça m'importe peu d'avoir une fille. Sauf quand je passe au rayon fille des magasins de vêtements pour enfant. Ils commencent à se mettre debout, parcourent la maison à 4 pattes, sourient quand ils me voient, et disent mamamamamama. Ils se poursuivent, se tiennent par la main, se sourient quand ils se voient le matin, se font des calins. Ils sont très différents, et c'est fascinant de les voir évoluer. Ils passent par des phases qui font mentir tous ceux qui veulent les cataloguer "Oliver c'est le sérieux", bah non tu vois, en ce moment c'est l'inverse, "Hadrien c'est le plus sociable", mais en ce moment il détourne la tête quand des inconnus lui parlent. C'est qui le plus nerveux? Bah ça dépend....

Il parait qu'ils ont mon sourire (je suis contente, parce que j'adore sourire, et on me dit souvent que ce que j'ai de plus beau c'est mon sourire)(ça veut peut être dire que j'ai un gros cul?)(ou que je suis moche avec un beau sourire?)

Bientôt, ce sera ma première fête des mères. L'an dernier Galilée me disait "l'an prochain pour la fête des mères tu seras maman". Ces dernières années la fête des mères était douloureuse pour moi. Teintée de "jamais". Et bientot nous fêterons le premier anniversaire des petits, en Provence, avec mes amis, mes parents, ceux que j'aime, ceux qui m'aiment, les miens.

Galilée et moi formons une formidable équipe. Hier nous avons (pas) fêté (parce que je suis clouée au lit avec un gros rhume de ceux qui te mettent à plat) (c'est d'ailleurs grâce à ça que j'ai enfin le temps d'écrire ce post) nos 7 ans (mais ce n'est que partie remise!). C'est un père formidable, et un amoureux attentionné. Il n'est pas du genre chocolat et fleurs, et pourtant il me surprend toujours. On n'est pas toujours d'accord sur tout (ne pas laisser pleurer les bébés), et on fait de notre mieux.

J'ai envie d'un 3ème enfant peut être un jour. Galilée pour l'instant veut que nous restions à une famille de 4. J'aimerai pouvoir revivre plus sereinement l'accouchement, connaître cette sérénité du deuxième enfant, parce que tu sais, que tu en chies avec les colliques, les dents, les pleurs que tu ne comprends pas, mais que tout ça n'est que temporaire, c'est une phase, ça ne durera pas toujours. Et cette fois ci connaître ce moment où on pose ton enfant sur toi. Peau contre peau. Je ne ferais plus jamais de traitement, c'est trop dur, je repense à mon corps couvert de bleus, aux maux de tête, à la nausée, à la prise de poids pendant les traitements, mais le plus dur c'est les échecs après tant d'effort et d'espoir. Alors peut être que dans une paire d'années, si nous nous en sentons le courage, j'arrêterai tout moyen de contraception et advienne que pourra.

Je ne sais pas quand j'aurais le temps d'écrire à nouveau. Ni si j'en aurai l'envie. Surement que oui. Alors passez de temps en temps, vous y trouverez peut être une petite surprise.

Bonne fête des mères à toutes les mamans, à toutes celles qui espèrent, à celles qui ont renoncé, à celles qui ont fait le choix de ne jamais le devenir, à celles dont les entrailles brulent de ne pas y arriver, à celles qui voulaient des filles mais aiment leurs garçons, à celles qui voulaient des garçons mais aiment leurs filles, et à la mienne qui aimerait me lire et  à qui je cache l'adresse de ce blog, je dirai merci pour TOUT.

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16 juin 2015

Des mots sur des maux

Une formation sur les élèves dyslexiques il y a quelques mois. Des profs qui râlent parce qu’ils n’avaient pas demandé à être là, ils avaient demandé une formation pour enseigner la lecture aux élèves illettrés et voilà où on les envoie. Je suis dans le même cas qu’eux  mais je ne râle pas non, parce qu’au milieu de cette formation qui m’explique comment faire une carte mentale (que je sais déjà faire) et où on me dit que la carte mentale est la solution à TOUS mes problèmes de profs (ben non je ne suis pas d’accord)  on m’explique ENFIN, pour la première fois concrètement que sont tous les troubles dys,  quelles conséquences pour chacun d’entre eux, comment reconnaitre mes élèves, et après comment agir ? Et je bois les paroles de la formatrice. Elle écrit un truc au tableau, tiens, elle est gauchère, quelqu’un lui demande si elle est dys elle-même, elle répond « dyspraxique et fière de l’être », je demande « est ce que statistiquement les gauchers ont plus de « chance » que les droitiers d’être dys ? », elle fronce les sourcils, me demande pourquoi je pose cette question, je réponds :

« Parce que je suis gauchère…. Et je crois que je suis dyspraxique je pensais que j’étais dyslexique mais c’est pas possible, parce que je n’ai jamais eu de problème avec la lecture, par contre je suis dysorthographique et dyscalculique, je n’ai jamais réussi à retenir les tables de multiplication, et je vous jure que j’ai fait des efforts, je vous jure que c’était pas de la mauvais volonté de ma part, j’ai essayé très fort, mais au-delà de la table de 5 ça ne reste pas plus de 24 heures dans ma tête… »

Alors la formatrice (que je voyais pour la première fois de ma vie) m’a dit ;

« Quand tu étais petite à l’école Ema Luna tu n’arrivais pas à rester concentré et tu étais très lente, tu étais très maladroite, pas un repas sans renverser un verre d’eau ou te tâcher, tu manquais de confiance en toi, mais tu étais très forte en analyse de documents et en rédaction. Tu avais beaucoup d’imagination. Dans les sports d’équipe tu étais une catastrophe, mais par contre tu es une très bonne nageuse». Et tout était vrai.

L’épiphanie, mais oui, c’est ça, et soudain un poids énorme s’élève de ma poitrine. Ce n’était pas de ma faute, je partais avec un handicap, j’ai fait au mieux avec ce que je pouvais.

Elle ajoute fait attention quand tu gardes des enfants, ta maladresse peut avoir des conséquences, et plus tard si tu as des garçons, c’est quelque chose que tu risques de leur transmettre. J’étais assise, et enceinte de 4 mois, elle ne l’avait pas vu, j’avais appris la veille que j’attendais des garçons d’où ma réaction en chaîne… Je me suis dis « les pauvres, ils ne sont même pas encore nés et ils vont en chier à l’école autant que moi. »

 

Plus tard la formatrice m’a dit aussi « je t’ai observée pendant la formation, je pense aussi que tu étais  précoce », je nie avec force, elle continue :

« Parfois tu partais toute seule dans ton monde

_ oui

_ et donc tu n’écoutais pas

_beeen, non

_ et donc après tu étais complètement perdue ???

_ bah non ?

_ mais comment tu faisais alors ?

_ ben je relisais mon cahier ou le tableau, et je finissais par trouver la solution 

_ Donc tu étais précoce, précoce ça veut pas dire surdoué, ça veut dire que ton cerveau fonctionnait, analysait d’une façon différente ». Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter si mes garçons étaient dys, que je le découvrirai tôt, que je pourrai les aider là où mes parents n’avaient pas pu le faire, elle m’a dit que j’avais su faire une force de cette faiblesse, et qu’il n’y avait aucune raison que mes enfants ne s’en sortent pas aussi bien, voire mieux.

 

Cette formation est une étape importante de ma vie, il y a un avant et un après, j’ai compris beaucoup de choses sur moi et sur ma scolarité, je me suis pardonné beaucoup, j’observe mes élèves encore plus qu’avant et je n’hésite pas à parler du moindre doute aux parents et à les envoyer vers des professionnels, mais la prise en charge en France reste encore trop insuffisante, les parents n’ont pas toujours les moyens d’envoyer leurs enfants chez un orthophoniste, psychomotricien, des neuropsychologues... Je ne comprends pas que ce type de formation ne face pas parti de la formation de base de tous les intervenants en milieu scolaire, que de temps perdu, d’espoir réduits à néant, d’enfants sacrifiés sur l’autel des économies…

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04 mai 2015

Aller au cours d'aquagym pour futures mamans....

... et constater qu'à 25 semaines (5 mois et quelques), ton ventre est plus gros que celui des mamans qui sont à 36 semaines (8 mois et demi)....

Les joies de la grossesse géméllaire quoi :-)

Willy

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24 avril 2015

Un couple mixte???

J'ai finalement du m'arrêter de travailler avant le 27 mai (en apprenant au passage le terme de nevralgie intercostale) et passé la rage (non je n'exagère pas) de ne pas pouvoir travailler un mois de plus avec mes élèves chéris, et après m'être faite littéralement chier pendant deux semaines à la maison (il faut dire qu'avant de consulter un ostéopathe j'avais mal dans toutes les positions, sauf allongée complètement à plat les bras le long du corps, du coup j'avais un peu l'impression d'être Stephen Hawkins sans tous ses appareils), j'ai fini pas me faire à l'idée. Ensuite j'en avais marre de lire, dormir et regarder la télé. Je sais, c'est aberrant, dans 6 mois je relirai ces lignes un bébé dans les bras, l'autre en train de pleurer, les cheveux gras, des boutons plein de visage (parce qu'en ce moment avec les hormones j'ai une peau sublime, mais nul doute qu'après avoir mis bas j'aurais à nouveau la peau d'une ado en pleine puberté, merci l'endométriose), du vomi sur mon pijama, et je me dirai, je donnerai n'importe quoi, jusqu'a une de ces deux bébés celui qui pleure le plus... ou le moins beau pour avoir à nouveau le privilège de pouvoir juste lire/dormir et regarder des séries.

 

Du coup je regarde "Les maternelles" sur youtube, et je suis tombée sur cette émission

Couples mixtes : comment transmettre une double culture ? - Les discussions - Les Maternelles

Et ça m'a fait réaliser beaucoup de choses. C'est marrant parce que mon compagnon et moi sommes un couple mixte. Je suis blanche, il est noir (et comme dirait Muriel Robin noir noir!) Mais ce qui est très drôle c'est qu'on l'oublie tout le temps.

Par exemple parfois il lui arrive de dire des phrases clichés comme "les blancs exploitent le reste du monde et s'étonnent après des conséquences", et je lui dis "ah ben merci, tiens va faire la vaisselle un peu" :-) , et il me dit "oui mais toi je ne te perçois pas comme blanche, parce que tu es gentille et que tu ne ferais de mal à personne", et dans son inconscient, quand il ne rationnalise pas les blancs sont ceux qui ont colonisé le monde, réduit les noirs en esclavage, et foutu la merde un peu partout sur la planète ce qui fait que partout où ça va pas aujourd'hui sur la planète c'est quelque part un peu beaucoup la faute des blancs et de leurs actions passées (celà dit il n'a pas tout à fait tort). Inversement j'oublie souvent qu'il est noir, je veux toujours le tartiner de crème solaire, et quand il proteste je lui dis "mais les noirs aussi prennent des coups de soleil!!!!" et il me réponds "oui, mais beaucoup moins vite que les blancs!!!". Il m'a raconté aussi ce qu'il appelle LE REGARD. Galilée est très logique, vraiment très bon en math, il est passionné par les mathématiques, les échecs. Et il me dit que LE REGARD, c'est quand le prof/ le gars qui s'occupe des recrutements à l'armée (oui Galilée a fait son service militaire, il a 40 ans, et il en parait 32, le batard, les noirs vieillissent mieux les veinards!)/ le maître de stage fait glisser plusieurs fois successivement de toi à ta copie d'exam/ tes résultats d'examen des trois jours/ ton rapport de stage, et tu sens dans son regard qu'il se dit "c'est vraiment toi le négro qui m'a pondu ça??? T'as triché, comment t'as fait", et suivent la litanie de question qui semblent vérifier que tu sais vraiment de quoi tu parles et que t'as pas pompé ça sur quelqu'un d'autre, et moi au début je ne comprenais pas, je ne comprenais pas, je veux dire par là que je n'imaginais même pas que pour certaines personnes si tu es noir, tu ne peux pas être intelligent, tu ne peux pas être agrégé, tu ne peux pas aimer jouer aux échecs, non il faut que tu aimes remuer ton cul sur du zouk, boire du rhum, jouer au foot et courir le 100 mètre comme une gazèle.

 

Mais à part ça, à part cette différence qui "se voit" ( sauf ici en G*ad*) et qu'on oublie tout le temps, (même si en Europe je suis toujours en train de me demander, "mais pourquoi il nous fixe comme ça lui? Ah oui c'est vrai, couple mixte..." il n'y a pas de différence culturelle. Galilée est ce qu'on appelle un négropolitain. Il n'a pas d'accent sauf s'il décide de le prendre, il préfère les Red Hot Chili Peppers à Franckie Vincent, il n'aime pas aller au carnaval, il estime que ses congénères boivent trop de rhum et sont responsables de l'image de nonchalence qu'ils donnent à l'extérieur, il regrette qu'il y ait tellement de stars du sport antillais mais qu'à part Aimé Césaire trop peu d'antillais se distinguent par leur intelligence et qu'on ne valorise pas assez la richesse intellectuelle.

 

Finalement, c'est un "bon français", et la différence culturelle dans notre couple vient de moi. Moi qui depuis toujours me sens à la fois française ET espagnole, qui me damnerais pour du jamón serrano (merci la toxoplasmose!) ou une paëlla, qui aime danser toute la nuit des rumbas et des sevillanas (le summum de la ringardise musicale pour Galilée :-) ). Moi qui aime lire Marquez en V.O. , me delecte de churros con chocolate, et surtout ai besoin d'aller TOUS les ans en Espagne, où Galilée s'ennuie parfois le pauvre il est vrai mortellement. Le choix des prénoms par exemple a représenté un défi supplémentaire, ça devait être non seulement traduisible dans les deux langues, mais en plus joli dans les deux langues, par exemple Vincent que j'aime beaucoup, c'est Vicente en espagnol, un prénom porté uniquement par les plus de 70 ans... Exit Vincent. Et j'adore Pablo, mais uniquement dans un contexte espagnol, et je n'aime pas Paul. J'adorais aussi James, ou Jamie, mais Jaime (avec le J qui racle dans la gorge et comme s'il y avait un tréma sur le i) ou Jaimito c'est un peu l'équivalent espagnol de Toto.... C'est plus facile pour les prénoms féminins, mais pas de chance, il a fallu trouver non pas un mais deux prénoms de garçon.

Quand les bébés seront là nous avons décidé que je leur parlerai en Espagnol et Galilée en français, la question du Créole ne se pose pas, Galilée le parle en l'ayant appris à l'école et pratiquement jamais parlé à la maison, ils apprendront donc le créole à l'école par mimétisme comme tous les petits métropolitains qui viennent s'installer sur l'île. Ce sera l'occasion pour Galilée de progresser en Espagnol. J'ai plusieurs exemples de couples bilingue autour de moi parmis mes copines, et c'est ce qui semble fonctionner le mieux.

 

Voilà, c'est marrant de me dire qu'alors que de l'extérieur nous semblons si différents, Galilée et moi sommes culturellement très semblables. Et vous? Vous êtes dans des couples mixtes? Une bretonne avec un alsacien? Un musulman avec une boudhiste? Un originaire de Rive Gauche avec une originaire de Rive Droite? Un UMP avec une militante du PS?

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18 mars 2015

Faire le deuil d’une fille

« _ Quand même faire le deuil tu exagères !

_ ben moi je le ressens comme ça, je me sens très triste, vraiment très triste, et par exemple, quand je croise une petite fille, avec un tutu et des couettes, je me dis que moi je ferais jamais des couettes à ma fille, et je ne lui mettrais jamais une robe de flamenco à volants, et j’ai envie de pleurer, d’ailleurs parfois j’ai même une petite larme qui coule.

_ mais bon, tu as failli ne jamais avoir d’enfants, alors t’as pas le droit de te sentir triste.

_ ben j’ai peut être pas le droit, mais c’est comme ça, j’ai mal dans le cœur, je suis triste, et pour l’instant il me faut du temps pour l’accepter, je sais que je finirai par l’accepter, mais il me faut du temps, et il faut que toi tu acceptes ma tristesse, parce qu’elle ne va pas partir tout de suite.

Et puis il y a autre chose, les filles, surtout quand elles grandissent, elles ont une relation avec leur maman que le garçon n’aura JAMAIS ! Et moi j’aurais jamais cette relation là, j’irai jamais faire les magasins avec mes garçons, et ils ne me diront jamais  « oh maman, elle te va trop bien cette robe, tu devrais la prendre, parce que les garçons ça aime pas faire les magasins de vêtements avec leur maman, sauf pour leur gueule. Et s’ils aiment ça, ça veut probablement dire qu’ils sont homo, et franchement, je sais bien que le monde va évoluer et que ça va devenir plus facile pour les homo, mais pour l’instant c’est pas de la tarte tous les jours, alors je ne leur souhaite pas, déjà qu’ils vont être noirs les pauvres! (C'est de l'humour! De l'humour noir :-) ) Tu vois, autre chose, je trouve que c’est plus facile pour une jolie femme noire ou métisse qui a fait des études (oui parce que sans diplome ni formation c'est difficile quelle que soit la couleur de peau), que pour une joli mec noir qui a fait des études de trouver du travail. (Et sinon demande à Harry Roselmack combien ils sont de journalistes noirs à la télé ?)(en plus Harry, en plus d'avoir certainement des talents de journaliste, il est grave 4 heurinesque... ça veut dire j'en ferais bien mon 4 heures... Oui enfin je veux dire, je prendrais bien le thé avec lui dans un salon de thé, avec des petits fours, un 4 heures quoi...)

_Ben les garçons ils adorent leur maman, ils ont le complexe d’Œdipe, et ils sont super câlins et affectueux avec leur maman.

_ Oui, et un jour ils se marient, et ils partent de la maison, et ils ne t’appellent plus, et ils ne te racontent plus rien, et tu les vois une fois tous les trois mois au mieux. Quand aux câlins ??? Passé 4, 5 ans les petits garçons ils sont plus tellement câlins avec leur maman, dans la grande majorité en tout cas. A la puberté ils s'éloignent beaucoup plus que les filles je trouve, et après tout je trouve ça normal! (mais moi j'adore les calins, j'y peux rien, j'adore ça)

_ Oui mais regarde, ton frère, et ton père, et ton copain, et ton cousin Raul.

_ MON FRERE ???

_ Ben quand il était petit…

_ OUI, quand il ETAIT petit, maintenant il fait pleurer ma mère à chaque fois qu’il la voit et qui téléphone quand il a besoin d’argent ou de quelque chose pour la maison. Mon père est parti vivre à l’autre bout du monde toute sa vie, et il peut passer un mois ou deux sans appeler ses parents, mon copain adore sa mère, mais il ne lui confie rien sur sa vie personnelle, elle ne sait même pas qu’on a fait une fiv pour avoir les jumeaux, il oublie son anniversaire tous les ans et pire il dit « oui mais elle s’en fout de son anniversaire » (bien sûr idiot, elle va pas te dire « ça me fend le cœur que tu ne saches pas quel jour je suis née », elle est trop gentille pour te faire de la peine !), quand à mon cousin Raul, je te l’accorde, il est adorable, il adore sa mère et fait tout pour l’aider, lui faire plaisir, lui rendre servirce, d'ailleurs jusqu'à l'âge de 10 ans il fesait même les magasins avec lui et lui disait "oh maman, achète cette robe t'es trop belle dedans", mais maintenant il a 17 ans, et il préfèrerait se prendre avec ses propres tripes après s'être lui même évicéré que faire les magasins avec sa mère, et puis on en reparle quand il sera en fac de médecine, puis marié, puis père ???

_ Ben en tout cas pour eux c’est beaucoup mieux, c’est mieux d’être deux garçons.

_ Je suis tout à fait d’accord, pour eux c’est génial, ils vont être super complices, et avoir une super relation fraternelle. Mais ça n’enlève pas que je suis triste pour moi.

_ Ben tu es mauvaise et super égoïste, c’est pas bien pour tous ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Et tu peux pas te plaindre parce que tu as failli ne jamais avoir d’enfants.

_ Oui surement. Mais disons que c’est comme quelqu’un qui voulait être cycliste professionnel, et il a un accident de voiture, et il perd l’usage d’une jambe. Il a failli mourir, alors il est super content, il n’est pas mort, mais quand même, il ne peut pas s’empêcher de penser, je ne ferais JAMAIS le tour de France (je vous dis ça, mais moi je préfère la gymnastique rythmique, le tour de France je trouve ça chiant :-)), et surement qu’il va s’en remettre, qu’il fera du vélo comme ça le dimanche, sur un vélo adapté, ou qu’il travaillera dans une association pour aider ceux qui comme lui ont failli perdre la vie dans un accident, et qu’il va avoir une super vie et être super heureux. Mais tu ne peux pas lui demander, comme ça, du jour au lendemain d’accepter qu’il ne fera JAMAIS le tour de France, et quand il verra un panneau du TOURMALET, il y aura toujours une petite ombre qui passera sur son visage. Il faut que tu comprennes qu’il lui faut un peu de temps.

_ Oui, je vois ce que tu veux dire. Mais bon, tout n’est pas perdu, tu auras peut être une fille après.

_ Déjà tu vois, j’ai pris la décision de ne plus jamais faire de traitement si invasif pour mon corps, après oui, je sais bien, la légende urbaine du couple qui pouvait pas avoir d’enfant et qui en a un naturellement juste après une FIV, donc peut être que ça viendra naturellement, mais fondamentalement je n’ai pas forcément envie d’avoir 3 enfants, ça implique une plus grande maison, une plus grande voiture, 5 billets d’avion pour rentrer l’été. Et partir en vacances par exemple, les locations les chambres d’hôtel sont souvent formatées pour des familles de 4, c’est aussi renoncer à quelque chose, financièrement il faut assumer (oui je sais, je suis horriblement superficielle, j'ai envie d'avoir les moyens de voyager et partir en vacances en famille). Et puis tu vois, si tu me disais, vas y fonce, je t’assure à 100 % que le prochain c’est une fille, ben je foncerais, mais et si c’est un garçon ? J’ai pas envie d’un 3ème enfant, j’ai envie d’une fille, alors tu vois, si c’est un garçon c’est un peu dégueulasse de lui faire ça le pauvre.

Donc il me faut du temps tu vois, je vais finir par l’accepter, et je vais peut être découvrir des choses très chouette avec des garçons, des choses que je ne soupçonnais  même pas, mais chaque fois que je verrais une petite métisse avec ses cheveux mousser sur sa tête, je me dirai avec un petit peu de tristesse, j’ai jamais acheté une jupe qui tourne à ma fille, j’ai jamais fait des tresses ou des chignons, j’ai jamais joué à la poupée ou au maquillage. (oui je sais, les petits garçons peuvent jouer à la poupée et mettre du rouge à lèvres, et les petits filles peuvent aimer conduire des tracteurs et jouer au rugby, les stéréotypes c'est le mal tout ça tout ça) »

 

 

Après j’ai repensé au truc de faire les magasins avec ma mère, et il faut bien m’avouer un truc, ma mère dans les magasins elle m’énerve, elle est incapable de se décider, elle achète sans essayer et après elle râle parce que ça lui va pas,  avant parfois elle  touchait à tous les articles et les faisait tomber par terre et elle me disait « tiens, remet ça sur le cintre » (ça me rendait dingue), et en plus elle est increvable, quand moi je suis rincée, elle peut continuer à marcher encore et encore.. Une fois je l’ai même vu invectiver un pauvre vendeur qui fermait la grille du magasin en ville à 7 heures en disant, mais ce n’est pas possible, il fait encore jour, en Espagne les magasins ferment à 10 heures !  :-)

J’adore ma mère, elle m’énerve mais je l’adore. Je lui demande, et moi, j’ai marché à quel âge, et j’ai tété combien de mois, et j’ai parlé à combien ? Et là au moment où je m’apprête à être mère j’ai mille question à lui poser, et  j’espère qu’elle sera là au moment de la naissance des bébés, et j’espère que ma belle mère que j’aime beaucoup elle sera pas trop trop là elle (parce que je ne me sens pas à l’aise avec elle comme je me sens avec ma mère, à qui je peux dire « maman s’il te plait, laisse moi faire comme je veux, comme je le sens, même si je me trompe, j’ai envie de faire comme ça »), ben là, à ce moment là, je me dis que quand mes fils seront grand je n’aurai pas ça avec eux. Et que tu le veuilles ou non, une fille c’est plus proche de sa mère, et je ne comprends pas, qu’on ne comprenne pas, que pour moi c’est douloureux de faire le deuil de cette relation avec ma fille que je n’aurai jamais, et que j’imaginais comme la relation que j’ai avec ma mère qui est la femme que j’aime le plus au monde.

 

 

Je veux juste qu’on me laisse le temps, je veux juste qu’on comprenne que ça va passer, mais que pour l’instant je fais le deuil, je veux juste qu’on me demande pas de l’accepter en cinq minutes, parce que pour l’instant je n’y arrive pas. Et ça me met dans une rage folle qu’on me demande de l’accepter en cinq minutes, et qu’on me dise « je ne comprends pas que tu sois triste, tu n’en as pas le droit »

 

Peut être que je trouverai une activité à faire avec mes fils, quand ils seront ado ou adultes, une qu’ils se forceront parfois un peu à faire parce qu’ils auront envie de faire quelque chose avec moi, même si je les énerve, et ça me réconforte un peu de penser ça, mais quand même, quand même, quand je vois une petite métisse avec une jupe à volant et des cheveux qui moussent sur la tête…

EDIT

La crise est passée. Plutôt rapidement d'ailleurs. J'ai décidé de consulter un psychologue. Le plus difficile c'est d'avoir un rendez vous en fait... Je crois que j'ai besoin d'analyser avec un professionnel ce qui ne va pas dans ma famille maternelle. Ce qui fait que les hommes font tellement de mal à leurs mères et à leurs soeurs. Même schéma pour ma grand-mère et ma mère, et donc j'ai très peur de reproduire la même chose avec mes garçons.

Cette histoire de jupes et de couettes n'était que la partie visible de l'iceberg. La vrai raison de ma deception, de mes angoisses, c'était que je m'étais inconsciement persuadée que mes garçons m'aimeraient jusqu'à 5 ou 6 ans puis qu'ils se détacheraient de moi et rejetteraient en bloc tout l'amour et toute la tendresse que j'aurai pour eux (je sais que c'est totalement irrationnel, mais je crois que l'inconscient et tout sauf rationnel.) Je suis très différente de ma mère, mais physiquement je suis pratiquement calquée sur le même moule, même silhouette méditerranéenne, même teint mat, même ovale du visage, même yeux marrons, certains grains de beauté au même endroit, quand on rentre dans un magasin ensemble depuis des années on nous dit fréquement " vous êtes mère et fille, aucun doute là dessus". J'ai fini par croire que j'étais un prolongement de ma mère, d'autant qu'elle m'a également transmis son goût pour la cuisine, pour la lecture, le plaisir qu'elle a quand elle peut rendre service à quelqu'un. Mais nous sommes aussi très différentes, elle m'a toujours gentiment "traitée" de féministe, ma mère est totalement au service de la maison et de ses habitants, j'ai toujours dis que pour moi un homme était aussi apte à passer un coup d'aspirateur, laver et repasser le linge et changer une couche qu'une femme (et j'ai rencontré un homme formidable qui pense la même chose)(il n'est pas formidable que parce qu'il pense aussi la même chose)(il a aussi un très gros sexe :-) )(je plaisante)(en fait non). Bilan, alors que j'ai toujours du faire ma part des tâches ménagères à la maison, ma mère a accepté que mon frère ne fasse rien, il s'est efforcé avec une fierté sans faille de casser quelques assiettes et inonder la cuisine les quelques fois on on lui demandait de faire quelque chose . Sa phrase favorite quand il y a des invités à la maison est "non, non laisse, Manu/Maman va le faire", il se croit très drôle, et moi j'ai juste envie de lui foutre un gros coup de pied dans les couilles. Mais je crois que le pire dans tout ça c'est la transparence et l'indifférence de mon père face à cette injustice qui m'a toujours révoltée. Et je réalise que mon amoureux d'amour ne réagira pas de cette façon là. L'autre jour on "testait" deux possibles prénoms pour les garçons, et je disais "Gontran, Donald à table" (je déconne hein, c'était Kévin et Djayzon) et après avoir dit "ah oui tiens ça le fait bien Tyson et Easwood" il a ajouté "comment ça à table?? Non non non, Luke et Anakin vous venez mettre la table". Et en fait j'ai réalisé que je me voyais déjà un peu comme ma mère, l'esclave de la maison et de ces trois hommes, alors qu'en fait Galilée va continuer à me choyer comme il le fait déjà, et que le modèle masculin que mes garçons auront ne sera pas celui de cet homme un peu macho qui considère que les tâches des filles et celles des garçons ne sont pas les mêmes. (En plus je lui ai oh combien prouvé qu'il avait tort puisqu'il m'a vu changer une roue, changer des fusibles, remettre de l'huile/du liquide lave glace/ du liquide de refroidissement dans la voiture, trouver le faux contact du lustre de la cuisine, poncer et repeindre les volets et le portail/ repeindre des murs,  remplacer une prise murale, faire des trous avec la perceuse pour installer des étagères ....). Enfin voilà, j'ai réalisé beaucoup de choses, et surtout je vais voir un psychologue pour résoudre tous ces problème, et j'adore mes garçons, j'ai hate des les serrer dans mes bras, et d'acheter des petits body d'une mignonitude absolue (parce que je ne suis que clichés et superficialité j'ai décidé qu'une partie de ma thérapie consistera à me vautrer dans le consumérisme et à dépenser des sommes indécentes dans des vêtements trop mignons pour mes babyboys, sérieusement, comment j'ai peu regretter les jupes quand je vois ça!!!)

Body

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26 février 2015

Les Oscars

Je n'écris presque plus, mais surtout j'ai cessé de parler de mes élèves, il faut croire que ces dernières années ce n'était pas ce qui me préocupait le plus. J'ai eu de grosses grosses difficultés l'an dernier avec la classe dont j'étais PP.

Cette année je me régale, j'ai des classes très sympa, je me suis faite à mon service de 20 heures + Coordinatrice + PP (mais ouf je ne suis plus PP 3ème), mais surtout je m'éclate avec mes classes. TOUTES! Des le début de l'année le courant est super bien passé. Est ce que mon discours de rentrée est bien rodé? Est ce une sorte d'état de grâce qui n'arrive que tous les 10 ans (putain j'espère pas) mais je vais au boulot avec PLAISIR, je suis vraiment heureuse de les retrouver avant les vacances, je m'éclate à préparer leurs séquences.

Alors quand mon ventre a commencé à s'arrondir je me suis posé la question, je leur dis? Je leur dis pas? J'attends qu'ils viennent me demander un par un discrétos à la fin des cours "euhhh Madaaaaaaaame, vous avez pas un peu pris là au niveau du ventre?"Et puis la relation est tellement bonne avec eux, que c'est venu assez naturellement avant les vacances de Février.

 

"_ Madame? on peut faire une fête avant les vacances de Février? Et on apporte des spécialités espagnoles?

_ Ben en fait, j'adorerai, mais voilà, il faut absolument qu'on avance dans le programme, parce que je ne vais pas pouvoir finir l'année avec vous...

_ Quoi? mais on ne veut pas d'autre prof, madame surtout dites que ce sera pas madame E. (sourire interne de bitch qui adore être la prof préférée des élèves même si elle ne l'avouera jamais)

_ Madame vous allez bien, vous êtes malade???

_ .... je ne pourrai aller que jusqu'à fin Mai, et comme se sera pratiquement la fin de l'année je ne pense pas que je serais remplacée

_ ah bon ça va, on veut pas un autre prof que vous Madame

_ Mais bon tout ça c'est pour une très bonne cause, c'est parce que j'attends des bébés.

Et là....

 

ObamaHealthCareApplaud

oprah

Standing ovation

 

Standing Ovation!! J'vous jure, j'ai rien compris, déchainés qu'ils étaient (oui Oprah et Barrack étaient en visite dans ma classe ce jour là).

_ Madaaaaaaame, je suis trop contente pour vous!

_ Madame je vous amènerai un cadeau pour votre bébé!

_ Madame vous avez dit DES bébés?????

 

Evidement j'ai failli pleurer, ils m'ont émue mes p'tits choux! (oui bon ça va, c'est les hormones). Mais vraiment c'était très étrange, un moment de partage avec eux très émouvant qui m'a conforté dans mon choix de leur avoir dit, je le le sentais bien, et j'ai bien fait.

Ils sont devenus hyper protecteurs avec moi c'est dingue.

_Madame je porte votre sac dans l'escalier, c'est trop lourd hein.

_ Madame vous voulez un biscuit, nan mais il faut bien manger dans votre état hein.

_ Chut, tais toi, la dame parle, il ne faut pas énerver la dame, c'est pas bon pour ses bébés.

_ Madame vous avez eu raison de nous gronder, on aurait du mieux apprendre notre leçon.

 

C'est à dire que je les aimais déjà beaucoup mes élèves de cette année, même les grandes gueules, même les faignasses, mais là, là enfin c'est indescriptible, je ne le redirais jamais assez, le meilleur conseil qu'on m'ait donné pendant mon année de stage:

"Aimez les, ils vous le rendrons au centuple"

Et c'est vrai, regardons les avec bienveillance, avec une réelle envie de leur transmettre notre savoir, même si on sait qu'ils ne retiendront que 5 % de ce qu'on essaye de leur faire passer, s'acharner à le faire passer quand même. On en chie les premières années, mais on en CHIE putain, mais au final cette bienveillance elle revient un jour, enfin je trouve...

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21 février 2015

Un deuxième trou de balle?

Vous connaissez l'expression "ils peuvent pas me faire un deuxième trou du cul quand même" (oui mon père aime les expressions très imagés comme ça), ben première tournée à la recherche des crèches cet après midi, et on est tombés sur une structure de micro-crèche qui demande 1300 euros par mois et par enfant... (C'était la première qu'on visitait, on a cru que tout serait de cet teneur, grosse, grosse frayeur), en sortant Galilée a dit "j'ai mal au cul", je lui ai parlé de cette savoureuse expression qu'il ne connaissait pas, et il a dit "ah ben voilà c'est toute à fait cette impression, voire même un 3ème trou de balle, un pour chaque enfant!

 

Sinon c'est la plus chouette crèche qu'on ait vue, vraiment, c'était calme, joli, propre, les taties chantaient des chansons aux enfants, et quand on est partis les enfants nous ont dit "au revoir" il me semble bien avoir vu des colombes qui s'envolaient en tenant une banderole qui disait "emmenez nous de nouveaux copains pour jouer" mais 2600 euros par mois c'est vraiment pas possible. Après ça, toujours dans notre tournée des crèches _ on a prit les pages jaunes et on a fait le tour sur 3 communes_ on est passé à coté de deux crèches qui... comment dire pour la première Galilée n'a même pas voulu s'arrêter, ses termes exact étaient "ça pue la mort, même si c'était gratuit je ne mettrai pas mes enfants dans ce taudis", pour la deuxième on s'est approchés, et on entendait une tatie crier sur un enfant_ non pas qu'elle était fâchée ou quoi que ce soit, non ça semblait être son mode de communication_ pour lui dire de s'approcher d'elle, elle était assise sur une chaise et semblait y avoir passé l'après midi, la crèche était sale, bordélique, on a finalement pas pris de dossier.

Vends rein, très peu servi, personne sportive ayant une alimentation saine...

(Cette offre peut être couplée avec un morceau de foie...)

071103_pa-741078

 

 

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09 janvier 2015

La suite, la suite!

On est rentrés à la maison, j'avais demandé 4 jours d'arrêt maladie à mon généraliste pour mettre toutes les chances de notre côté et être à la maison au calme pour laisser l'embryon s'accrocher.

Galilée parlait tous les jours à mon ventre pour les encourager à se développer, et à s'accrocher. On les appellait Riri, Fifi et Loulou.

15 jours c'est très long, 15 jours à prendre des hormones qui vous disent que vous êtes enceinte. Mais cette fois ci je ne me laisserai pas avoir! Cette fois-ci je savais que j'étais pas enceinte, que ces douleurs dans ma poitrine, dans mon dos, mon ventre gonflé, tout ça c'était les hormones. Alors j'ai rapidement repris le travail, en allégeant un sac de cours au maximum. J'ai arrêté de courir (de toutes façons ma poitrine était trop douloureuse pour supporter mon jogging habituel). Et 15 jours après, sans grande conviction, je suis allée faire ma prise de sang. C'était un Vendredi, et comme je ne pouvais aller faire ma prise de sang qu'à midi, je n'aurais pas les résultats avant le lendemain. J'avais prévenu Galilée, mais la secrétaire médical a précisé (dans ce laboratoire qui n'est pas celui recommandé par la PMA le personnel est vraiment adorable): "en fait on ne peut pas vous donner le résultat signé par les biologistes, mais vous pouvez téléphoner". Après le labo j'ai rejoint une collègue au restau pour travailler (oui on est comme ça nous, on bosse au restau, d'abord on mange, et ensuite on bosse). J'ai mangé un énorme plat de pâtes, et après le repas je suis allée au toilettes et au moment de refermer mon jean, pas moyen. Mon ventre était énorme, tout rond, je me suis dis "c'est peut être un signe, c'est peut être mon corps qui m'envoie un signe."

Sur le parking en bas de chez moi, dans ma voiture j'ai appelé le labo, et la secrétaire m'a dit:

" C'EST POSITIF".

Je crois que j'ai crié, je crois que j'ai dis "ohlala, c'est vrai? C'est positif?" Et je suis montée, chez nous, Galilée m'a vue passer la porte et il a dit "il s'est passé quelque chose", et j'ai répondu en me jetant sur lui " c'est positif"!!!! Je riais, je pleurais.

Il ne comprenait pas "mais calme toi qu'est ce qu'il y a qu'est ce que ça veut dire?"

"Le test, le labo, j'ai téléphoné, c'est positif, tu comprends, c'est positif"

Bon il a fini par comprendre... :-)

On ne s'est pas autorisée à être pleinement heureux à ce moment là. On se disait que je pouvais faire une fausse couche. On se disait que je pouvais faire une grossesse molaire. Et puis il fallait attendre la deuxième prise de sang pour confirmer.

Et après la deuxième prise de sang, pour laquelle le taux de HGC devait avoir doublé, il fallait faire une 3ème et une 4ème prise de sang.

Non le jour où on s'est autorisé à être heureux, vraiment heureux, c'était quelques jours avant les vacances de noël, nous avions rendez-vous à l'hôpital avec notre gynécologue pour une échographie. Et là, là, quand il nous a dit "ça a très bien marché hein, on avait mis combien d'embryon, 3? Ah alors attendez, je vais quand même vérifier si le 3ème n'est pas quelque part par là caché... Non non, c'est des jumeaux, vous voyez le clignotement là sur l'écran? C'est son petit coeur, et voilà pour le deuxième." là on s'est autorisés à être heureux.

 

Je suis enceinte de 9 semaines. Je suis bénis mes nausées, mon envie de dormir toute l'après midi alors que je tourne toute la nuit dans mon lit, mes jeans qui ne ferment pas. Je ne crois pas avoir été si pleinement heureuse de toute ma vie, tous les petits problèmes ne sont que des broutilles. Voir Galilée parler à mon ventre, et imaginer avec lui nos bébés, taper "jumeaux métis" sur google, réaliser avec amusement qu'ils n'auront peut-être pas la même couleur de peau tous les deux, tout ça nous fascine et nous émerveille. Voilà, je vous souhaite une merveilleuse année 2015.

Pour moi elle ne pourrait pas mieux commencer. J'ai juste encore une petite crainte, dans 3 semaines cela fera 3 mois, et je ne craindrais plus la fausse couche, j'aurais peur pour leur santé, qu'ils aient des malformations, mais globalement, le bonheur l'emporte.

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03 janvier 2015

1er TEF (transfert d'embryon frais) (qui n'a pas été congelé)(pourtant à priori les congelés ça doit être encore plus frais...)

 

Là, dans le minuscule cagibi de la biologiste, j'ai commencé à avoir des sueurs froides, je me disais "pas encore, dites moi que ça ne recommence pas encore, mais pourquoi nos embryons ne se développent pas?". On demande, "mais pourquoi encore? Cette fois ci j'ai suivi le traitement à la lettre" (pour le traitement précédent je n'avais pas eu un des messages, et j'avais augmenté les doses que deux jours plus tard). La biologiste ne sait pas expliquer pourquoi, mais elle nous dit "mais je comprend pourquoi vous n'arrivez pas à avoir d'enfant"

Et là je me dis "cette connasse est elle en train de nous dire qu'on est vraiment incompatible, que Galilée et moi on ne peut pas avoir d'enfant ensemble??? Et ça c'est juste pas possible, parce que Galilée et moi on est hypers compatibles, on lit dans les pensées de l'autre, parfois on se comprend d'un regard en discutant avec un tier, et quand on débriffe, on vérifie "et à ce moment là t'as pensé ça, et ça t'as fait penser à ça" et l'autre répond "exactement". Galilée il sait que je ne vais pas bien avant même que moi je sache que je ne vais pas bien, et alors il s'efforce de me faire rire jusqu'à ce que ça aille mieux. Galilée il me protège comme une lionne protège ses petits, il me protège de ma tendance à trop m'impliquer au boulot, de mes colères, du mal que mon frère peut parfois me faire... Alors Galilée et moi, on ne peut pas ne pas être compatible, c'est pas possible, vous avez fait encore une connerie avec nos embryons, et vous dites que c'est de notre faute"

Et elle enchaine en disant "vous devriez penser à d'autres forme de parentalité".

Blammm, une enclume dans la tête, ça fait très mal une enclume dans la tête. Et moi je sais qu'il n'y a pas d'autre forme de parentalité possibles pour Galilée, pour Galilée ce sera la fiv ou rien, alors ça sera rien...

Galilée a demandé: "mais on va quand même tenter un transfert ou pas? On peut attendre une heure ou deux pour voir si la division cellulaire est progressive?"

Et là, elle nous dit "nous avons 2 possibilités:

_ On attend une heure ou deux, pour voir si ça évolue et on transfère, sachant que vous n'aurez plus que 3 transfert d'embryon frais. Et là, vu la qualité des embryons, celui à 5 cellules et un de ces deux là, à 2 cellules vous avez moins de 5 % de chance de réussite.

_ Ou alors on ne transfère pas, et on retente un nouveau traitement la prochaine fois avec du ******, (elle donne le nom d'un nouveau poison que je ne m'étais encore jamais injecté avant tout ça), qui donne moins d'ovules, mais des ovules de meilleure qualité." La prochaine fois on peut aussi essayer de transférer directement à Ponction + 1jour, au lieu de Ponction + 2 jours, parce que certains embryons n'aiment pas le milieu dans lequel on les plonge alors qu'il peuvent mieux se développer dans l'utérus maternel."

Je demande:

"Donc vous pensez que le problème vient de la qualité de mes ovules?"

Elle répond:

"Non, je n'ai pas dit ça, concrètement on ne sait pas pourquoi la division cellulaire ne se fait pas."

Galilée (mon agrégé de math à moi) dit "quand même 5 % de chance de réussite ce n'est pas rien". Et la biologiste rectifie "attention, c'est moins de 5%, mais après il faut voir quelle est votre philosophie, est ce que vous êtes plutôt prudents, est ce que vous êtes joueurs..., dans certains centres on ne vous donnerait même pas le choix pour ne pas risquer de faire baisser les statistiques, nous ici on a pas cette façon de faire, nos statistiques ne compte pas plus que tout".

Pendant que la biologiste allait jeter un coup d' oeil à nos embryons pour voir si l'un d'entre eux avait évolué, on a décidé d'en discuter entre nous, et on a dit à la biologiste qu'on aimerait bien pouvoir en parler avec notre gynécologue pour avoir un avis supplémentaire.

La même discussion que la dernière fois s'est produite, Galilée voulait transférer, moi qui ait lu des centaines de témoignages de Fiv je me disais " c'est déjà tellement difficile que ça marche, que l'embryon s'accroche, avec un embryon parfait, alors là, avec des embryons bancales, pour moi c'est un coup pour rien". Mais en même temps, je me disais, la dernière fois c'est moi qui ai eu le dernier mot, il est juste que ce soit Galilée qui obtienne gain de cause cette fois ci.

La biologiste est revenue, avec notre gynécologue, le docteur Fiv, on lui a fait part de nos doutes, et honnêtement, je ne sais plus ce qu'il nous a dit, mais de toute façon ma décision était prise, je me rangeais à la volonté de Galilée, et ça tombait bien, parce que la biologiste a dit: "Alors, on a deux embryons qui ne se sont pas divisés, mais qui sont en train d'évoluer parce que "......... blablabla nucléide ...... blablabla noyau...... blablabla évolution", donc je vous propose qu'on transfère ces deux là et l'embryon à 5 cellules, vous avez des risques de naissance de triplés, mais ça se tente."

 

Alors c'était parti, blouse transparente qui s'attache dans le dos, chaussons en papier, charlotte sur la tête, et nous me voilà dans la salle de transfert, les pieds dans les étriers, Galilée avait sa charlotte sur la tête aussi, et dans la salle nous attendais Docteur Fiv et son interne. L'interne pose la sonde échographique sur mon ventre et le docteur Fiv dit "ah c'est bien, on a une belle vessie là, c'est bien madame S. vous avez bien écouté les consignes (oui je suis prof) vous avez bien bu votre demi litre d'eau ce matin (et surtout on aurait du faire le transfert il y a deux heures...) alors en attendant que le docteur Fiv prépare son matériel l'interne nous montre mon utérus, mes ovaires sur l'écran (n'appuyant que si peu sur ma vessie prête à exploser...). Je regarde Galilée et lui dit:

"Ca te va bien la charlotte!"

Le docteur Fiv rit et dit "oui c'est ça qui est bien avec la charlotte, ça va vraiment à tout le monde".

Il passe le col de l'utérus sans problème, en me demandant si j'ai mal, et non j'ai pas mal, l'hystérosalpingographie ne m'avait pas fait mal non plus, je dois être peu sensible du col de l'utérus (peut être que quand j'accoucherai je n'aurais pas mal??? oui je sais, on peut rêver...), la jeune interne nous montre le cathéter sur l'écran, et le docteur Fiv dit, alors regardez bien, au bout du cathéter on va voir apparaitre une goutte, vos embryons sont dans cette goutte. Et dans la seconde nous voyons cette goutte apparaitre et disparaitre. "Voilà dit le docteur Fiv, on va vérifier le cathéter, mais quand on voit la goutte comme ça, c'est transfert parfait. Dans la pièce d'à coté nous entendons le biologiste dire "transfert parfait". Le docteur Fiv étend délicatement mes jambes sur la table, et nous dit, "voilà, on va attendre un petit peu allongés, alors évidement, dans les prochaines semaines vous vivez normalement, vous travaillez, vous faites vos courses, vous pouvez faire un peu de sport, mais rien de violent, pas d'à-coups. Pas de jet ski, pas de course à pied, pas de tennis."

"Je vais devoir annuler ma compétition de boxe thaï alors?"

Le docteur Fiv sait que je plaisante "_ Ah oui, j'espère que c'était pas les championnats du monde quand même!"

"Ben si justement, 4 ans que je m'entraine pour ça..."

Galilée sourit "ce qu'il ne faut pas entendre!"

J'éclate de rire, Galilée dit "attention! ça fait bouger tout ton corps"

Le docteur Fiv lui dit "ah non, surtout faites la rire, si ça ne doit pas marcher, ce sera pas à cause de ça. Au contraire, faites la rire, des études montrent qu'il y 32% de réussite au lieu de 23% quand la patiente a eu la visite d'un clown  juste après le transfert. Et puis surement parce qu’il lit un peu dans mes pensées il me dit, vous savez, il faut que vous soyez confiante, certains embryons parfois n'aiment pas le milieu dans lequel on les met, toute ces manipulations qu'on leur faire subir, le meilleur incubateur, c’est votre utérus, alors soyez positive et tout le mal qu’on vous souhaite c’est que ça marche. »

 Et le docteur Fiv nous a renvoyé chez nous avec la consigne de bien prendre mes hormones, et de faire une prise de sang 15 jours puis 17 jours plus tard afin de vérifier et confirmer l'éventualité d'une grossesse.

A suivre...

 

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09 décembre 2014

1er TEC, 2ème traitement

Après avoir écrit le dernier post, il y a de ça près d'un an il s'est passé quelque chose.

La PMA nous a appelé pour nous dire "voilà M. Galilée, Mme. Ema Luna, ce matin j'ai quand même jeté un coup d'oeil aux embryons avant de les détruire, et il s'avère qu'il y en a un qui s'est développé, vous avez un bel embryon. Donc vous avez 2 possibilités, vous venez à la pma, et on vous le transfère, vu ses conditions d'évolution, il y a peu de chance qu'il se développe et s'accroche et vous n'aurez plus droit qu'à 3 essai sur vos 4 remboursés par la sécurité sociale. Ou alors on le congèle, dans deux ou trois mois on le décongèle, et on vous le transfère. Ca peut marcher, ou pas, mais en tout cas vous n'aurez pas perdu un de vos essais. J'ai répondu "ah bon", et là épiphanie! Les 4 essais c'était pour des transferts d'embryons frais!!! En fait, s'il y avait des surplus d'embryons à chaque traitement ils pouvaient être congelés et le transfert de ces embryons n'était pas contabilisés.

Donc là je dis "on congèle", et au même moment Galilée dit "on transfère". On a raccroché avec la pma en leur disant qu'il fallait qu'on parle et qu'on les rappelait, on a avancé chacun nos arguments. Galilée disait "c'est peut être la seule chance qu'on aura jamais. Moi je disais "oui mais après on a plus que 3 essai, c'est déjà difficile qu'un embryons parfait s'accroche, alors celui là qui a mis trois plombes à se diviser en 4 cellules!!!" Et puis il y avait les arguments de la biologiste "vous êtes jeune (oui par rapport au public de la pma je le suis) et le fait que votre traitement n'ai pas bien marché cette fois ci ne veut pas dire que ça ne marchera pas mieux la prochaine fois".

Au final on a congelé, mais avec pour moi un immense espoir, celui que c'était possible, qu'un de nos embryons pouvait finalement se développer. Nous étions en Janvier 2014, et une folle année s'annonçait, j'avais prévu, un voyage à Paris en Février pour aller voir mes parents qui y étaient à ce moment là (mes parents sont de grands expatriés devant l'Eternel, après 8 ans au Brésil il viennent de de partir pour 3 ans à Abu Dhabi)(mon père est un espion international)(et il a une moustache à la Magnum).

En Mars je devais partir en Suède pour la suite et fin de mon projet Co*me*nius, j'avais prévu de me faire remplacer en cas de grossesse, mais ce voyage était pour moi un magnifique lot de consolation.

En Avril nous avions réservé avec Galilée des billets pour New York, avec l'intention de nous régaler.

J'ai donc repoussé à Mai, le transfert de cet embryon miraculé. En Mai l'embryon s'était correctement décryogénéisé. (ça existe ça?)

On me l'a transféré. En fait le gynéco qui m'a fait le transfert a eu beaucoup de mal, il n'arrivait pas à passer le col de l'uterus, puis après vérification du cathéter, ah ben non ça n'a pas marché l'embryon est toujours dans le cathéter, il faut donc recommencer, du mal à passer le col de l'utérus à nouveau, et enfin transfert.

Je n'avais pas demandé de jour de repos, j'ai continué à travailler normalement. Je prenais bien toute la batterie d'hormones que l'on fait prendre aux femmes en protocole fiv, ah les joies de l'utrogestran et du provames: seins ultra gonflés et douloureux, douleurs de règles dans le bas du dos, nausées, fatigues... Bref, tous les symptomes de la femme enceinte. J'étais folle de joie, c'était bon, ça avait marché, même mon corps me le criait à corps et à cris, j'étais enceinte.

Le jour de la prise de sang l'euphorie est retombée. Je n'étais pas enceinte. On était au mois de juin. Le centre de pma allait fermer pour l'été. En septembre il faudrait tout recommencer. TOUT. Les piqûres, les prises de sang, les frottis, "mettez vos pieds sur les étriers madame"," vous avez beaucoup de retard dans vos règles? Non je n'en ai pas, c'est une prise de sang dans le cadre d'une fiv". Galilée était une fois de plus au fond du trou, et moi je lui remontais le moral, je lui disais que la prochaine fois serait la bonne, et qu'on allait y arriver. La date fatidique des 40 ans approchait pour lui, et même s'il ne me l'a jamais dit, je crois qu'il espérait vraiment être père, ou dumoins avoir l'espoir de le devenir, avant d'atteindre cet nouvelle étape, 40 ans.

Je suis partie en métropole pendant les deux mois d'été, il est resté en Guadeloupe pour s'occuper de nouveaux travaux dans notre appartement. Deux mois sans se voir. Galilée et moi ayant beaucoup de mal avec la communication au téléphone, c'était aussi deux mois sans se parler ou presque.

Je suis partie avec plein de choses en perspective pour l'été, un festival avec ma copine C., des rendez vous pris avec des amis, du temps à passer avec ma filleule, un voyage en Espagne avec ma mère. Pendant l'été ma cousine C. nous a fait la surprise de nous annoncer son mariage prévu 3 semaines plus tard, elle était ravie de savoir qu'avec si peu d'anticipation nous serions dans les parages et nous pourrions être présentes ma mère et moi. Galilée m'a manqué, mais j'ai aussi réalisé que ça me faisait du bien d'avoir du temps pour moi, de voir qui je voulais quand je voulais sans avoir à tenir compte de "quoi? On va encore chez des amis à toi? Mais on ne fait que ça tout l'été, voir tes amis et ta famille"

Pendant l'été j'ai rencontré mes 4 nouvelles petites cousines, l'été 2013 avait été très éprouvant pour moi avec l'annonce de la grossesse de trois de mes cousines (avec des vraies jumelles pour l'une d'entre elles) plus l'annonce de la grossesse de mon amie D., je me suis toujours réjouie de toutes ces naissances à venir, mais comment ne pas ressentir un horrible pincement au coeur? Comment ne pas se dire "et oh la nature, il vient quand mon tour à moi? Ca fait 2 ans et demi que j'essaye moi!". L'été 2014 fut l'été de la remise en question. Un autre cousin allait avoir un bébé, ainsi qu'une autre copine et moi j'ai commencé à me demander que serait ma vie une fois les 4 essais Fiv tentés, et aucun résultats. Galilée ne voulait pas adopter, il était clair là dessus, ni faire appel à des dons d'embryons, d'ovocyte de sperme, rien de tout ça. Je me demandais si j'arriverais à retrouver ma joie de vivre après ça, si je serais capable de vivre ma vie de femme, en ne sachant rien de ce qu'était une vie de mère. Je me suis faite à l'idée. Difficilement, mais je me suis dis que oui, que j'aimais la vie, que je pourrais finir par l'accepter, mais que je changerais radicalement de vie, finit le train train Guadeloupéèn, et à moi les voyages, si Galilée m'aimait, qu'il me suive.

Septembre est arrivé. J'ai retrouvé Galilée, finalement nous nous étions envoyé des textos tous les jours, à défaut de s'appeler pendant des heures. Nous avons repris contact avec le centre de pma, avons refait certains examens, et en octobre un nouveau traitement à commencé. 15 jours de piqûres le soir, puis 15 jours matin et soir, avec rendez vous tous les deux jours à 6 heures du matin à l'hôpital, puis une prise de sang, puis petit déjeuner parfois pris dans ma voiture avant d'aller au travail.

D'après notre gynécologue, le traitement ne fonctionnait pas aussi bien qu'il aurait du. L'endomètre n'était pas assez épais, il n'y avait pas beaucoup de follicule qui grossissait, en plus l'un d'eux était parti beaucoup trop vite en tête tandis que les autres étaient encore trop petits. Malgré ça le traitement a continué, jusqu'au jour de la ponction, fin novembre.

Alors la ponction. Laissez moi vous raconter, pour ceux qui ne connaissent pas le merveilleux monde de la fiv.

Moi je pensais naïvement qu'on te fourrait un cathéter dans l'utérus, qu'on remontait le long de tes trompes jusqu'à l'embouchure de tes ovaires, et que là, avec une mini épuisète au bout du cathéter on choppait tes ovules en train de se faire la malle.

Que nenni. La technique est la suivante, on enfonce une aiguille à gauche puis à droite à travers les parois de ton vagin, pour atteindre les ovaires, et là, on choppe les ovules à la sortie. Alors tu es censée être endormie pendant cette petite promenade de santé. La première fois ça c'est très bien passé, j'ai dormi comme un loir. La deuxième fois, j'étais réveillée, j'ai absolument tout senti, mais j'étais suffisement anesthésiée pour ne pas avoir la force de dire "attendez s'il vous plait, je ne dors pas encore, attendez que je m'endorme".

Pour ajouter à mon bonheur, on m'avait mis dans une chambre quadruple. Comme dans la chambre il y avait trois autres dames, on a demandé à Galilée de bien vouloir attendre ailleurs. Quand je suis redescendue du bloc, je n'ai donc pas pu avoir ses bras réconfortants pour me consoler. La biologiste est venue me voir au bout d'une heure pour me dire "je cherche votre mari", je lui ai répondu, "moi aussi je le cherche (sauf que j'ai tellement mal à la bonbonière que j'ai du mal à me mettre debout pour le chercher là), si vous le trouvez vous pouvez lui dire que je suis redescendue du bloc???", et puis le gyneco est venu me voir pour me dire qu'on avait obtenu 10 ovules. Ouais, super, comme la dernière fois quoi...

Le lendemain on nous a rappelé pour nous dire qu'on avait 6 ovules fécondés, "ouais, super, comme la dernière fois aussi, ça ne veut pas dire que dans deux jours ils se seront divisés, et qu'on m'en transfèrera un, mais bon, gardons espoir, youpiii, y'a 6 embryons!" Deux jours après la ponction, retour à l'hopital, et là, le cauchemar recommence, le même, exactement, la même biologiste qui pour ne pas nous recevoir dans le couloir nous reçoit dans un minuscule débarras, et nous montre un tableau de l'évolution des nos embryons, donc on en avait un à 5 cellules, mais très fragmenté, de catégorie C ou D, et 5 autres à deux cellules, la division cellulaire c'était arrêté à nouveau.

 

A suivre...

 

 

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