Princesse Soso (que je vénère parce qu’elle me donne tout le temps des idées de post, et comme j’en ai deux trois derrière les fagots et que j’ai que ça à foutre en ce moment je vais pouvoir les écrire) m’a fait penser à un truc en disant là, que nos têtes pas trop pensantes y croivent que n’importe qui peut enseigner une langue.Ca me rappelle une réflexion que j’ai entendu environ 1 milliard 266 fois quand j’étais étudiante (courage, la dite réflexion est juste quatre paragraphes plus bas, c'est mon Bernard Werber Style _stayle à l'english)_ pour faire durer le suspense _et non pas suspens, non suce pense, à la Franchouille quoi_).

          Alors bon, il faut savoir que ma maman adorée est Andalouse, que mon papa est pied noir d’origine ibérique, et que j’ai un nom de famille plus castagnettes tu meurs.J’ai passé tous les étés de mon enfance chez ma famille andalouse, et entre 3 et 6 ans je vivais en Amérique Latine. Bilan, je suis bilingue, (assonance en i et  nasales, allitération en b et l) depuis toute petite quoi. Une chance énorme, je sais.

          J’ai jamais voulu être maitresse d’école. Non, petite j’étais nulle à l’école, moi je voulais être bibliothécaire (et par moment croit pas que j’ai pas envie de quitter mon boulot de nantie pour aller poser mon cul dans mon endroit préféré, commander des livres, les classer et dire aux gens « le dernier Weber ? oh ben oui allez y, si vous avez aimé les autres il va vous plaire »).Et puis un jour je suis allée au collège. C’était en 6ème je crois, mais je me souviens plus bien parce que ça fait un bail. En tout cas, j’étais amoureuse de ma prof d’Anglais (j’aurai pu tourner lesbienne, et puis en fait finalement pas). Bon j'avais pas de fantasmes sexuels, mais je l’idolâtrais. Elle était très jeune, et quand j’y pense elle devait être débutante. On faisais des trucs trop de la balle, elle nous encourageait tout le temps pour qu’on parle, et mon prénom en anglais c’était E**a (comme l’héroïne de Jane Austen), d’ailleurs c’est aussi le prénom qu’on me donne dans la famille de ma maman (en E*pag*e quoi). Alors j’ai pris conscience qu’on pouvait être maitresse que des matières qu’on aimait, pas obligée de faire faire des maths et du hand ball. L’année suivante j’ai déménagé, et j’avais une prof d’Anglais trop pourrie qui pue du slip. Mais j’avais une prof d’histoire géo trop passionnante, qui racontait la révolution française, c’était tellement fort que t’avais l’impression de te prendre une giglée de sang de Marie Antoinette au pied de l’échafaud en hurlant « à mort la putain Autrichienne». Et puis, j’ai eu une super prof de Français. Alors là, au moins jusqu’à la terminale, j’ai plus changé, parce que putain le français c’était trop kiffant. tu lisais un texte, et au début c’est juste une histoire, et puis après t’apprends des histoires d’assonance et d’allitération, et de métaphore, et tu te rends compte que tout ce que veux dire le texte, l’auteur il l’a dit deux fois, une fois dans ce qu’il raconte, et une deuxième fois dans sa façon de le dire, et parfois, l’auteur il fait encore plus fort, il te raconte « blanc » et toi entre les lignes, t’arrives à lire « noir ». J’aimais bien le Castillan, mais je trouvais que mes profs souvent ils avaient pas du aller en Hispanie depuis que Franco avait cassé sa pipe, et qu'il avait un accent de Daube mais enfin bon, je faisais un effort pour fermer ma grande gueule (sauf quand ils me disaient qu’un mot n’existait pas, alors que juste il ne le connaissaient pas !) .

           Enfin je suis arrivée en Terminale L. Alors là, je faisais Castillan en LV1 plus Castillan renforcé en gros 8 heures par semaine, et j’avais une prof qui déchire la techa à ta reum.On a travaillé sur  La casa de Bernarda Alba (18 à l'oral du bac, je suis tombée dessus, ouhais je sais, j'me la pète..., ok j'arrête, et comme vous êtes gentils et vous me remettez à ma place je vous avoue même que j'ai eu que 12 en histoire géo) La historia oficial , des nouvelles de Marquez, La casa de los Espitus de Allende, en plus des articles de société tirés de El país, de spoèmes médiévaux, et des œuvres picturales majeures. Bref, j’ai pris conscience qu’en langue j’assouvissais le même besoin de décryptage littéraire qu’en français.

          Alors c’est posé la question suivante « ok, je veux être prof depuis la 6ème, ça c’est clair, mais prof de quoi. Il me restait le choix entre Lettres modernes (je m’étais déjà frappé 5 ans de latin  alors hors de question de me mettre au grec), et LLCE mention Lettres Hispaniques.J’ai pesé le pour et le contre longtemps. Et j’ai fini par choisir la seconde, parce que j’ai découvert la traduction, et que je me suis rendue compte que j’adorais en faire.

          Du coup, j’ai adoré mes années d’études, parce qu'en plus de me murger tous les samedis soirs avec mes copines, j’adorais faire des traductions, j’adorais connaître de nouveaux auteurs, j’adorais les cours d’iconographie, et j’ai eu la chance d’avoir comme prof Bernard Bessières (que j’admire tellement que je met son vrai nom) qui est sans nul doute le meilleurs, le plus passionnant, le plus extraordinaire professeur que les élèves d’Aix-Marseille, Toulouse et ailleurs ont pu avoir.Mais putain de bordel, il y avait quand même un truc que je kiffais pas trop, c’était l’éternelle question « ah oui, tu fais des études de langue hispanique/ tu passes le CAPES de langue hispanique (rayez la mention inutile), mais bon comme t’es bilingue, ça doit être trop hyper facile pour toi ! »

          Ca me mettais hors de moi, et je répondais très calmement mais néanmoins avec le cynisme qui me caractérise « bah oui les gars, fingers in the nose, les exams ? Mais je les passe même pas moi ? J’arrive devant le jury et je leur dit : tu vois là, ton document sur la littérature du boom/ la Célestine/ La régente (œuvre de 10900 pages)/  le post Franquisme/ Le siècle d’or/ l’inquisition entre 1712 et 1796 (rayez encore la mention inutile), bah on va en rester là hein, parce que bon, moi tu vois, le spanish je le speake depuis que j’ai 3 ans, alors si tu veux je te racontes comment ça se passe operación triumfo (la star ac hispanique) là bas, parce que j’ai le satellite je regarde toutes les semaines ! » Du coup je demandais souvent « tu parles couramment français toi non ? Ben t’as qu’à passer ton capes de Français, c’est trop facile tu parles déjà la langue ! » Ce à quoi on répliquait : « Ben oui, mais le capes de Français c’est pas juste parler français, c’est une connaissance aigue de la grammaire, de la littérature, de l’analyse. »  Ben en Lettres hispaniques c’est pareil, sauf qu’on couvre un pays plus un continent, et qu’en plus on se frappe la civilisation des deux mêmes (tout pareil pour mes collègues d’Anglais, qui en plus ont l’Australie, mais nous on a toutes les dictatures du 20ème siècle en Amérique Latine et croit moi c’est coton toutes ces dates).

          Que ce soit en Lettres moderne ou en langues (et dans les autres matières aussi d’ailleurs) le capes c’était pas facile non, j’en ai chié ma race, j’avais des migraines ophtalmiques à force de lire des bouquins qui devaient être écrits avec une police d’écriture taille 6, je bossais samedi et dimanche pour m’avaler des listes de dates et de noms propres (genre la liste des inquisiteurs généraux, j’vous jure !). Alors c’était pas plus facile que pour les autres, parler la langue c’était juste la condition sine qua non en plus de toutes les autres. D’autres part même moi qui pourtant était hyper fluant, j’ai bossé sur la langue, je me forçait à lire en espagnol, je relevais les mots et expressions que je ne connaissais pas, je révisais les conjugaisons (surtout les accents) et j’ai pleuré ma reum pour apprendre les règles de grammaire et de formation de conjugaisons, parce qu’au collège et au lycée j’avais rien foutu, j’avais pas appris tout ça, vu que je parlais instinctivement, et que quand j’appliquais une concordance des temps (encore eut-il fallu que je le suce, pardon susse) je le faisais parce que c’est comme ça, sans connaître la règle.

          Et quand tu vois qu’on te fait autant chier, et qu’on juge ta compétence à enseigner sur des conneries pareilles, alors que dans un second temps n’importe quel pequenot qui a passé des vacances à Ibiza peut te remplacer quand tu es obligée de prendre deux semaines de repos en hôpital psychiatrique ça me fait doucement rigoler.

Voilà, merci de vous être frappé la lecture de ce loooooooooooooooooong post, un peu trop façon it's my life. Et putain arrêtez de vous plaindre bande de fenéasses!